Qu'est ce que tu cherches toi, au fond des horizons ? A chacun de mes regards je te trouve perdu, les yeux concentrés sur un infini que toi seul peut saisir. Trouves-tu à l'ombre d'un présent lointain la lumière nécessaire à demain ? Cherches-tu des réponses ou n'est qu'un moyen de fuir ? Mais de fuir quoi ? Nos sourires, nos paroles futiles, la douceur de nos angoisses ou le bucher ardent du bonheur qui nous lie ? Tu es toujours assis là, protégé de ton mystère et déjà tellement blessé par ce monde qui t'entoure, que tu le contemples avec mépris. Bannissant de ton c½ur tous ceux qui le génèrent, tout ce qui fait qu'il n'est plus le tien, plus le notre... Aujourd'hui tout est à "ils", c'est "le leur" ... Mais si ce "ils" n'était qu'un leurre ? Serait-ce encore leur faute à "Eux" si nous ne pouvons être heureux ? Et si nous étions "Eux", si "ils" était "nous", "vous", toi et moi dans un même corps ? Difficile à concevoir et pourtant, ... pourtant c'est cela : l'humanité.
Mais peut-être ne fuis-tu pas. Peut-être que tu attends seulement. J'espère que tu ne fais qu'attendre. Mes horizons à moi aiment à se cacher au fond de tes yeux. Je ne fuis rien. Je ne demande rien. En ce monde ici on a déjà tellement trop. Tellement qu'on ne sait plus quoi fuir ni quoi demander. Pourtant un Homme a ce poison qui fait de lui quelqu'un et quelque chose : la conscience. Elle connait la mort comme elle comprend le temps. Aussi, pour ne pas se laisser piéger par ces deux assassins, Madame la Conscience s'invente des disciples : les buts à atteindre. Ils prennent en charge le cerveau, ils créent l'envie et le besoin.
Compatissante, notre bonne vielle humanité sait à présent combler à merveille l'envie par la compétitivité et le besoin par la publicité. La conscience comblée les buts se font de plus en plus doux, de plus en plus rares... Voici venir la nuit, on perd nos rêves, nos illusions... Non, tu n'as rien à fuir et rien à demander non plus. Nos désirs sont des mensonges. Enfin nos yeux se croisent. Je sais que tu comprends. Au fond des horizons on cherche seulement quelque chose à chercher. On a plus rien à gagner, énormément à perdre. Effrayés, on avance du présent, vers le présent. Alors pour la survie des songes, voici l'ultime cadeau des anges sur nos lignes imaginaires : on va chercher à s'aimer.
tyn